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Presse

4 - n° 6 - Samedi 5 août 2006 5 - n° 6 - Samedi 5 août 2006
Au lendemain de leur spectacle, « Je suis
jaloux de vous », Jérôme et Valérie m’ont
reçu à l’issue de leur dernière séance de
stage. Mariés depuis huit ans, ils dansent
ensemble depuis une quinzaine d’années.
Après une longue formation avec Isabelle
Dubouloz, ils créent leur compagnie afin de
poursuivre leur propre recherche, avec
la raideur et la disharmonie
des corps, aussi.

Pourquoi ce thème la jalousie ?
Valérie : Quand on travaille en création, c’est un peu
ce que l’on vit au quotidien dans nos relations avec nos
danseurs et dans les relations en général dans les cours
de danse. Pour que la danse commence à prendre une
identité, à devenir plus puissante, plus libre, pour qu’elle
puisse s’ouvrir et être donnée vraiment, qu’elle parle plus
vers l’extérieur que simplement pour soi, il faut gagner
en confiance. Le maître mot de notre travail en général
aussi bien dans l’enseignement que dans la compagnie
est : la confiance. Comment trouver sa place, comment
trouver ses racines, affirmer son identité ? Comment
accepter, à un moment donné de s’engager, de moins
lutter, au moins au moment de la danse. On a travaillé sur
la jalousie parce que la plupart du temps, on se compare,
on se diminue soi-même, on s’empêche d’aller chercher,
on coupe la danse.

Jérôme : Je suis d’accord avec Valérie, mais je le dirais
autrement. Plus que la confiance, c’est la nécessité qui est
au cœur de notre approche. Lorsque je vois de la danse,
que je vois des corps bouger, j’ai la chance d’y voir, plus
qu’une surface. Je vois quand un danseur manque de
confiance, je vois le rapport au geste que cela crée et je
sens d’emblée qu’on ne peut pas passer à côté de cela.
En tant que danseur, je sens également qu’on ne peut pas
me dire : c’est comme cela qu’il faut faire ou ce n’est pas
comme cela qu’il faut faire. On peut me le dire mais au
fond, il y a une nécessité plus grande qui fait qu’il faut que
je danse. C’est ce que j’entends par confiance : celle de
pouvoir dire : écoutez, voilà ce que je pense.

Quelle est la spécificité de votre travail avec les
danseurs ?

Valérie : Notre spécificité, dans l’enseignement comme
dans les spectacles, est de travailler l’improvisation.
Parce qu’il y a une très grande qualité quand les corps sont
là, ici et maintenant : « ce que veut dire contemporain ».
On travaille énormément « improviser », pour que la
danse ne soit pas qu’une technique, qu’une reproduction
des pas, qu’une récitation ou le simple apprentissage d’un
vocabulaire, il est important qu’elle puisse être reliée à
l’âme du danseur, à son désir, à sa sensibilité et que peu à
peu, il puisse créer, inventer, découvrir.

Jérôme : Pour moi, le geste n’est pas une fin en soi. Le
mouvement est porteur de quelque chose et c’est cela
qui m’intéresse. Travailler la technique mais pour quoi
dire. Dire regardez, je suis technique. Cela n’a pas de
sens. C’est-à-dire que le fond du travail que je fais, c’est
le dire mais le dire par le corps. Alors à ce moment là
se pose la question de la technique. Se pose la question
des moyens pour dire. Mais c’est d’abord la nécessité
de dire. C’est d’abord un travail interne sur les désirs,
le plaisir, sur le pourquoi de la danse tout simplement.
Pourquoi on danse, pourquoi on a envie de danser. Nous
avons aussi la sensation que la danse n’appartient pas
uniquement à ceux qui auraient une qualité corporelle.
Nous avons plutôt la conviction qu’elle s’inscrit dans un
corps, n’importe quel corps, de n’importe quel âge, avec
n’importe quelle infirmité. Le travail consiste à se mettre
en relation d’abord avec son corps, avec son infirmité,
avec son poids, avec sa taille, sa respiration. Quand on
a commencé, on a fait tout de suite des comparaisons
avec la création artistique, en particulier en peinture.
Pour moi, c’est devenu évident : la raideur d’un corps,
c’est magnifique. Pourquoi faudrait-il taire la raideur. En
danse, on parle souvent d’harmonie mais la dysharmonie
aussi est un sujet intéressant.
Alors pourquoi dansez-vous ?
Valérie : Pour moi, c’est une nécessité. Si je ne dansais
pas, je serais malheureuse. Au moment où je danse, je
crois que je suis totalement moi-même. C’est le moment
où j’arrive le plus fortement à la fois à m’élever et en
même temps à être ancrée et centrée. C’est le lieu où je
suis tranquille, à ma place. J’ai plus de difficulté à vivre au
quotidien qu’à être dans la danse.

Jérôme : C’est difficile. Je crois que je danse parce que
j’ai besoin de me retrouver, je crois que je me cherche.
J’ai dansé pour la première fois, à l’université. J’avais 19
ans et je venais de passer mon bac
C’est tard ?
Très tardif. J’étais un nageur de haut niveau. Au moment
où j’ai rencontré la danse, cela a été un choc émotionnel.
J’ai commencé à être moi-même pour la première fois,
c’était comme une nouvelle naissance. Tout à coup, c’est
comme si je n’avais jamais parlé, comme si je n’avais
jamais été moi. J’étais quelqu’un d’autre, j’avais une
identité nouvelle. Je me sentais bien, ma parole devenait
mienne. Il y a peut-être un lien avec ce que j’enseigne et
la manière dont je le fais : le danseur doit chercher sa
propre parole.

Propos recueillis par Lydia Archimède.

3 commentaires:

canary a dit…

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Anonyme a dit…

tres intiresno, merci

Anonyme a dit…

Très bon post.

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